Fraternité ?

Évolution personnelle et professionnelle

Fraternité ?

Réflexion sur ce thème à l’occasion de la sortie du livre de Régis Debray.

Interviewé ce jour, à propos de la sortie de son livre « Un moment de fraternité », Régis Debray explique que le moment est venu de dire « nous » et pas « moi, je ». Encore faut-il, avant de dire « nous », savoir qui dit « moi, je », faute de quoi au moment d’entrer dans cette fraternité on ne sait pas qui l’on est et ce que l’on y apporte. Dans ce cas, au nom de la Fraternité, la porte est ouverte à des mouvements de masse d’autant plus incontrôlés qu’elle est constituée par une foule d’anonymes.

L’individu confraternel

– Au cours de l’interview Régis Debray, qualifie de petit, le « moi-je » et demande à ce qu’il soit dépassé pour se serrer les coudes et pour que fraternité il y ait. Cependant, le sentiment du moi-je donne fondation et sensation d’unité à l’individu, le dépasser avant l’heure peut entraîner perte de substance et de délimitation.

– Régis Debray a, d’ailleurs,  conscience de cette perte possible quand il ajoute que, pour qu’il y ait fraternité, on doit se retrouver dans une marginalité ou une opposition, afin de se se refermer, être entre soi et établir des frontières. Dans ces conditions, il est forcé de constater que pour s’unir dans la fraternité, il faut un adversaire ! Curieuse fraternité.

– La faute à l’idée de dépasser le « moi-je » pour créer un lien de parenté. Communion d’esprit et sentiment d’individualité peuvent faire bon ménage en tenant à l’intérieur de soi une chose et son contraire. Cette coïncidence des opposés en accordant autant de valeur au lien à soi-même et à celui qu’on entretient avec ses frères, donnerait naissance à un individu confraternel qui n’aurait plus besoin, pour s’unir à d’autres, d’un bouc émissaire.

– Jung avertit du danger d’oublier son petit « moi-je » qui, alors, se laisse prendre dans la masse :

« C’est un fait évident que la moralité d’une société, prise dans sa totalité, est inversement proportionnelle à sa masse, car plus grand est le nombre des individus qui se rassemblent, plus les facteurs individuels sont effacés et du même coup aussi la moralité qui repose entièrement sur le sentiment éthique de chacun et, par le fait même, sur la liberté de l’individu, indispensable à son exercice. C’est pourquoi tout individu , en tant que membre d’une société, est inconsciemment plus mauvais, dans un certain sens, qu’il ne l’est lorsqu’il agit en tant qu’unité pleinement responsable. Car fondu dans la société, il est en une certaine mesure libéré de sa responsabilité individuelle. »

C. G JUNG, in « l’Ame et la vie », Ed.Buchet Chastel, Paris, 1963, p.220, 221